Le marché, ça marche… sauf quand ça coince. Pollution, monopoles, biens publics non produits, consommateurs mal informés : autant de situations où la main invisible d’Adam Smith tombe en panne. C’est le cœur du chapitre « Défaillances de marché et intervention de l’État » au programme de l’UE5 Économie contemporaine du DCG. Un classique des sujets d’examen, avec des annales récentes qui l’ont mis à toutes les sauces (agriculture, crise Covid, transition écologique). Ici, tu vas comprendre pourquoi l’État débarque, avec quels outils, et comment mobiliser tout ça le jour J.

Qu’est-ce qu’une défaillance de marché ? 🎯

Commençons par la définition officielle, celle qui tombe dans les corrigés. Une défaillance de marché se définit comme toute situation de marché qui n’aboutit pas à une allocation optimale des ressources. On rencontre ces situations en cas d’externalité positive ou négative, pour les biens collectifs et les biens communs, ainsi que dans toutes les situations caractérisées par une asymétrie d’informations.

Autrement dit, le marché libre ne produit pas la quantité socialement souhaitable de biens ou de services. Les prix ne reflètent plus la vraie valeur. Résultat : gaspillage, sous-production, inégalités, crises. L’intervention publique devient alors légitime – et c’est exactement ce que le programme officiel de l’UE5 te demande d’analyser.

À retenir : on parle ici d’une approche microéconomique néoclassique. Le marché est la référence. L’État intervient pour corriger, pas pour remplacer. Les courants keynésien et marxiste, eux, contestent cette vision (voir notre article sur les grands courants de pensée économique au DCG).

Les 4 grandes défaillances à connaître par cœur 📚

🌫️ Les externalitésUne externalité est la conséquence de l’action économique d’un agent sur les autres agents, sans compensation marchande. Exemple négatif : une usine chimique pollue une rivière, les pêcheurs en aval perdent leur activité. Exemple positif : un apiculteur installe ses ruches, les cultures voisines sont mieux pollinisées. Sans intervention, le pollueur pollue trop, l’apiculteur installe trop peu de ruches.

🏛️ Les biens collectifs (ou biens publics purs) — Ils sont non-rivaux (ma consommation n’empêche pas la tienne) et non-excluables (impossible d’en priver qui que ce soit). Éclairage public, défense nationale, phares maritimes. Aucune entreprise privée n’a intérêt à les produire : le passager clandestin profite gratuitement. Seul l’État peut financer via l’impôt.

🐟 Les biens communs — Rivaux mais non-excluables : forêts, pêcheries, nappes phréatiques. Risque ? La « tragédie des communs » décrite par Hardin : chacun surexploite jusqu’à épuisement. Elinor Ostrom (Nobel 2009) a montré que des règles collectives locales peuvent y remédier, sans toujours passer par l’État.

🕵️ Les asymétries d’information — Akerlof et le marché des voitures d’occasion (les « lemons ») : le vendeur en sait plus que l’acheteur, les bonnes voitures disparaissent du marché. Même logique en assurance (antisélection, aléa moral) ou sur le marché du crédit. Les remèdes : labels, certifications, obligations d’information, régulateurs sectoriels (AMF, ACPR…).

Les outils de l’État pour corriger 🛠️

Le jury attend des dispositifs précis. Pour les externalités : réglementation étatique – taxes/subventions, interdictions et contraintes diverses –, principe pollueur/payeur et marché des permis de polluer. Pour les biens collectifs : financement en général des biens publics par l’État.

1. La taxe pigouvienne. Idée d’Arthur Pigou (1920) : taxer l’activité polluante à hauteur du dommage social. Exemple concret : la taxe carbone française frôlait 44,60 €/tonne de CO₂ avant son gel en 2018. Objectif initial : 100 €/tonne. Elle renchérit le carburant fossile pour orienter les choix vers des alternatives propres.

2. Les subventions. Miroir positif de la taxe : on subventionne les externalités positives. MaPrimeRénov’ pour l’isolation, bonus écologique pour les véhicules électriques, crédit d’impôt recherche (environ 7 milliards d’euros par an).

3. La réglementation (norme). Interdictions, seuils, normes Euro pour les véhicules, loi EGalim pour l’agriculture. Efficace mais rigide : une norme uniforme coûte cher aux entreprises les plus performantes.

4. Les marchés de droits à polluer. Logique Coase : on crée un marché là où il n’existait pas. Le SEQE-UE (EU ETS), lancé en 2005, couvre environ 10 000 sites industriels et 40 % des émissions européennes de gaz à effet de serre. Le prix du quota a oscillé entre 80 € et 100 € la tonne de CO₂ ces dernières années.

5. La production publique directe. L’État produit lui-même : écoles, justice, routes. Financement par l’impôt, principe de gratuité d’usage. Tu retrouveras cette logique dans la fiche Politiques économiques conjoncturelles au DCG UE5.

Concurrence imparfaite : l’autre grand chantier ⚖️

Monopoles, oligopoles, ententes : autant de situations où le marché ne produit pas l’optimum. Quelles difficultés des marchés imparfaitement concurrentiels posent-ils ? Comment les organes chargés de la régulation de la concurrence améliorent-ils le fonctionnement de ces marchés ? Ce sont les questions typiques tombées en annales.

Les acteurs à citer absolument : l’Autorité de la concurrence en France, la DG Concurrence de la Commission européenne, la CNIL, l’Arcep. Sanctions récentes marquantes : Google condamné à 2,42 milliards d’euros en 2017 pour abus de position dominante dans le comparateur d’achats, Apple à 1,8 milliard en 2024 dans le streaming musical. Des ordres de grandeur à glisser dans une copie pour marquer des points.

Pour creuser la logique des structures de marché, file voir la fiche Marchés et concurrence : fiche de révision UE5 DCG.

État et marché : deux modes complémentaires 🤝

Le sujet DCG 2022 l’a démontré : le jury attend une vision équilibrée. On oppose alors deux modes de coordination de l’activité économique : par le marché et par l’État. Mais oppose-toi à l’opposition frontale ! Il s’agit de mettre en avant la complémentarité Etat/marché pour réguler les comportements économiques ainsi que l’activité économique, notamment lorsque les mécanismes de marché se révèlent défaillants.

La crise Covid en est l’exemple parfait. Avec la crise sanitaire, la France a adopté des mesures d’urgence et de relance. Ces mesures ont représenté 7.6% du PIB. Ces dispositifs étaient nécessaires pour soutenir l’activité économique. L’Allemagne est intervenue de manière plus forte puisqu’elle a consacré 8.4% de son PIB à ces mesures. Quand le marché ne suffit pas, l’État joue l’assureur en dernier ressort.

Les limites de l’intervention publique 🚧

Attention au piège du copiste béat de l’État-providence. Le programme exige une réflexion sur l’efficacité et les limites des dispositifs. Trois critiques majeures à maîtriser :

L’école du Public Choice (Buchanan, Tullock) : l’État n’est pas un planificateur bienveillant, c’est un agrégat d’intérêts particuliers. Les politiques publiques peuvent être capturées par des lobbies. Exemple : le gel de la taxe carbone française en 2018 face au mouvement des Gilets jaunes.

L’effet d’éviction : plus d’État signifie plus d’impôts ou plus de dette, donc moins d’initiative privée. La dette publique française a franchi les 110 % du PIB en 2024, fragilisant les marges de manœuvre.

L’asymétrie d’information… côté État : le régulateur connaît mal les coûts réels des pollueurs. Fixer le « bon » niveau de taxe ou de norme est quasi impossible. D’où l’intérêt des marchés de quotas, qui laissent au marché le soin de révéler le prix.

Méthode pour cartonner le jour J 🏆

L’épreuve dure 4 heures et est notée sur 20, avec un dossier documentaire et une question problématisée. Le réflexe gagnant, inspiré du guide méthodologique Compta Online : pour toute question sur les défaillances, applique la trame « Identifier → Qualifier → Remédier → Évaluer ».

D’abord, identifie la défaillance dans le dossier (externalité ? asymétrie ? bien commun ?). Ensuite, qualifie-la avec le bon vocabulaire théorique (Pigou, Coase, Akerlof, Ostrom). Puis propose un remède adapté (taxe, subvention, norme, marché de droits). Enfin, discute-en les limites : coût politique, effet rebond, capture réglementaire. Cette structure te garantit une copie complète et nuancée.

Dernier conseil : travaille les annales 2020 (agriculture), 2021 et 2022 (Covid). Les défaillances y occupent chaque fois une bonne partie du barème. Et couple tes révisions avec notre méthode de révision UE5 DCG pour structurer ton planning.

FAQ — Défaillances de marché et intervention de l’État ❓

Quelle est la différence entre un bien public et un bien commun ?

Un bien public est non-rival et non-excluable (éclairage public, défense nationale) : son usage par l’un n’empêche pas celui des autres. Un bien commun, lui, est rival mais non-excluable (poissons en haute mer, forêts) : sa consommation diminue les ressources disponibles, ce qui provoque la fameuse « tragédie des communs ».

Qu’est-ce qu’une externalité en économie ?

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Une externalité est l’impact positif ou négatif qu’une activité économique produit sur un tiers sans contrepartie monétaire. Exemple négatif : la pollution d’une usine. Exemple positif : la recherche qui profite à toute la société. Le marché ne les intègre pas dans les prix, d’où la nécessité d’une intervention publique (taxe, subvention).

Pourquoi l’asymétrie d’information est-elle une défaillance de marché ?

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Quand un acteur dispose de plus d’informations que l’autre (vendeur qui connaît les défauts d’une voiture, assuré qui cache ses risques), la confiance s’effondre et les échanges se dégradent. Cela mène à la sélection adverse ou à l’aléa moral, et empêche le marché d’atteindre l’optimum. L’État intervient via la réglementation et la transparence obligatoire.

Quels sont les principaux outils d’intervention de l’État face aux défaillances ?

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L’État mobilise quatre grandes familles d’outils : la fiscalité incitative (taxes pigouviennes, subventions), la réglementation (normes, interdictions), la production publique directe (biens collectifs) et la régulation de la concurrence (contrôle des monopoles, lutte contre les ententes). Le choix dépend de la nature de la défaillance à corriger.

Comment mobiliser ce chapitre dans un sujet d’examen du DCG UE5 ?

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Commence toujours par identifier la défaillance en jeu (externalité, bien public, asymétrie, monopole), puis justifie l’intervention publique avec une référence théorique (Pigou, Coase, Samuelson). Illustre ensuite avec un exemple d’actualité : transition écologique, crise Covid, régulation du numérique. Les correcteurs adorent les copies qui relient théorie et cas concrets.

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