La paie, c’est le passage obligé de toute la comptabilité française : tu vas la croiser au DCG UE 9, en révision en DSCG UE 4, et tu la retrouveras le premier jour où tu poseras le pied en entreprise. Pourtant, c’est l’un des sujets sur lesquels les copies perdent le plus de points bêtement. Pas parce que c’est difficile : parce qu’on n’a jamais figé l’ordre des écritures dans sa tête.

Dans cet article, je te déroule pas à pas toutes les écritures de paie que tu dois maîtriser : le salaire brut, les cotisations salariales et patronales, l’acompte versé en milieu de mois, les IJSS avec subrogation, et le prélèvement à la source. Avec un cas pratique chiffré complet à la fin pour que tu puisses tout recoller.

Petit retour d’expérience perso : quand j’ai validé mon DSCG après mon école de commerce, c’est exactement sur ce genre d’écritures que je perdais des demi-points en cascade. Pas parce que c’est compliqué — c’est de la mécanique pure — mais parce qu’on n’a jamais le réflexe de toujours les ranger dans le même ordre. Apprends l’ordre que je te donne plus bas par cœur, et tu n’hésiteras plus le jour J.

De quoi se compose une paie ? Du brut au net à payer

Avant de toucher au moindre compte, il faut visualiser la structure d’un bulletin de paie. Tout part du salaire brut, et chaque ligne suivante est une déduction (côté salarié) ou un coût supplémentaire (côté employeur).

ÉtapeCalculQui paie ?
Salaire brutSalaire de base + primes + heures supRéférence
– Cotisations salariales≈ 22 % du brutSalarié (retenu sur le bulletin)
= Net imposableBrut – cotisations salariales déductiblesBase PAS
– Prélèvement à la source (PAS)Taux × net imposableSalarié (reversé par l’employeur à la DGFiP)
= Net à payer avant acompteCe que reçoit effectivement le salarié
– Acompte éventuelDéjà versé en cours de mois
= Net à payer fin de moisVirement réel
+ Cotisations patronales≈ 40 à 45 % du brutEmployeur (en plus du brut)

Retiens ce schéma : tout le travail comptable consiste à éclater le salaire brut sur les bons comptes de tiers, puis à enregistrer en charge supplémentaire les cotisations patronales.

Les comptes du PCG à connaître pour la paie

Voici la liste exhaustive des comptes que tu vas manipuler. Apprends-les : la moitié du travail à l’examen, c’est juste de ne pas se tromper de numéro.

CompteIntituléSens
641Rémunérations du personnelCharge (salaire brut)
645Charges de sécurité sociale et de prévoyanceCharge (cotisations patronales)
421Personnel – rémunérations duesDette (net à payer)
425Personnel – avances et acomptesCréance (acompte versé)
427Personnel – oppositionsDette (saisie sur salaire)
431Sécurité sociale (URSSAF)Dette (cotisations salariales + patronales URSSAF)
437Autres organismes sociauxDette (retraite complémentaire, chômage, prévoyance)
4421État – Prélèvement à la sourceDette (PAS à reverser à la DGFiP)
467Autres comptes débiteurs ou créditeursCréance (subrogation IJSS)

Petite alerte : depuis le règlement ANC 2022-06 applicable au 1er janvier 2025, les comptes 79 « Transferts de charges » sont supprimés. Pour les IJSS en subrogation, on n’utilise donc plus le compte 791 — on réduit directement la charge de personnel (compte 641) ou on passe par un compte de produit (758X). On y revient plus bas.

Écriture 1 — Le salaire brut et les cotisations salariales

C’est l’écriture centrale. Tu débites le salaire brut total (641), et tu éclates le crédit entre tous les bénéficiaires : organismes sociaux, État, et enfin le salarié pour ce qui lui reste.

CompteIntituléDébitCrédit
641Rémunérations du personnelSalaire brut
431Sécurité socialePart salariale URSSAF
437Autres organismes sociauxPart salariale retraite + chômage
4421État – PASPrélèvement à la source
421Personnel – rémunérations duesNet à payer

Astuce mémo : le 641 est toujours seul au débit. Tout le reste descend en cascade au crédit. Si tu doutes à l’examen, écris d’abord le 641 = brut, puis le 421 = net à payer, et tu remplis les comptes de cotisations entre les deux pour que ça équilibre.

Écriture 2 — Les cotisations patronales

Les cotisations patronales sont une charge supplémentaire pour l’employeur, en plus du brut. Elles ne passent jamais par le compte 641 (réservé aux rémunérations versées au salarié) mais par le 645.

CompteIntituléDébitCrédit
645Charges de sécurité sociale et de prévoyanceTotal cotisations patronales
431Sécurité socialePart patronale URSSAF
437Autres organismes sociauxPart patronale retraite + chômage + prévoyance

Note que les comptes 431 et 437 reçoivent à la fois la part salariale et la part patronale. C’est normal : c’est l’employeur qui reverse l’ensemble à l’URSSAF et aux caisses, peu importe d’où vient l’argent. Cela permet aussi de bien comprendre que la dette de cotisations totale = part salariale + part patronale.

Écriture 3 — L’acompte versé avant la paie

Quand un salarié demande un acompte (versé typiquement le 15 du mois), on le comptabilise avant l’écriture de paie, comme une avance.

Au 15 du mois — Versement de l’acompte

CompteIntituléDébitCrédit
425Personnel – avances et acomptesMontant acompte
512BanqueMontant acompte

Le 425 est une créance sur le salarié : l’employeur lui a avancé une partie du salaire qui n’est pas encore due.

À la paie de fin de mois — On solde l’acompte

À la paie, on intègre l’acompte dans l’écriture centrale en le créditant pour le solder :

CompteIntituléDébitCrédit
641Rémunérations du personnelSalaire brut total
425Personnel – avances et acomptesAcompte à solder
431Sécurité socialePart salariale URSSAF
437Autres organismes sociauxPart salariale retraite + chômage
4421État – PASPAS
421Personnel – rémunérations duesNet à payer APRÈS acompte

Piège classique : ne jamais débiter le 425 dans l’écriture de paie. On le crédite pour le solder, puisqu’il a été débité au moment du versement de l’acompte.

Écriture 4 — Les IJSS et la subrogation

Quand un salarié est en arrêt maladie, la CPAM verse des indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS). Deux configurations sont possibles, et il faut bien les distinguer.

Cas 1 — Pas de subrogation

La CPAM verse directement les IJSS au salarié. L’employeur n’a rien à comptabiliser au titre des IJSS. Le seul impact sur la paie, c’est que le salaire brut est réduit du fait de l’absence (sauf maintien conventionnel de salaire).

Cas 2 — Subrogation (le plus fréquent en pratique)

L’employeur maintient le salaire complet et perçoit à la place les IJSS de la CPAM. La subrogation transforme l’IJSS en remboursement de charge côté employeur.

Constatation de la créance sur la CPAM (généralement à la paie) :

CompteIntituléDébitCrédit
467Autres comptes débiteurs (créance CPAM)Montant des IJSS brutes
641Rémunérations du personnelRéduction de la charge de personnel

Puis, lors du remboursement par la CPAM :

CompteIntituléDébitCrédit
512BanqueMontant reçu
467Autres comptes débiteursSolde de la créance

À retenir : avant le règlement ANC 2022-06, on créditait le compte 791 « Transferts de charges d’exploitation ». Depuis 2025, on réduit directement le 641, ou on utilise un compte 758 « Autres produits de gestion courante » si l’entreprise tient à isoler le produit. Aux examens DCG/DSCG à partir de la session 2026, attends-toi à voir cette nouvelle pratique.

Écriture 5 — Le prélèvement à la source (PAS)

Depuis 2019, l’employeur est collecteur de l’impôt sur le revenu de ses salariés. Le PAS est calculé sur le net imposable, retenu sur le bulletin, et reversé à la DGFiP le mois suivant.

Le PAS apparaît déjà dans l’écriture centrale (au crédit du 4421). Il reste à enregistrer le versement à la DGFiP :

CompteIntituléDébitCrédit
4421État – PASMontant PAS
512BanqueMontant PAS

Ne confonds jamais le 4421 (PAS, dette envers le Trésor au titre de l’IR du salarié) avec le 444 (IS de l’entreprise) ou le 4457 (TVA collectée). Trois logiques différentes, trois comptes différents.

Cas pratique complet chiffré

Reprenons tout ça avec un exemple concret. Salarié unique, mois de mars N.

ÉlémentMontant
Salaire brut3 000 €
Cotisations salariales URSSAF (10 %)300 €
Cotisations salariales retraite + chômage (10 %)300 €
Net imposable2 400 €
PAS (8,33 %)200 €
Net à payer avant acompte2 200 €
Acompte versé le 15 mars800 €
Net à payer fin mars1 400 €
Cotisations patronales URSSAF (20 %)600 €
Cotisations patronales retraite + chômage + prévoyance (20 %)600 €
IJSS en subrogation (5 jours d’arrêt)250 €

15 mars — Versement de l’acompte

CompteIntituléDébitCrédit
425Personnel – avances et acomptes800
512Banque800

31 mars — Écriture de paie (salaire + cotisations salariales + PAS + acompte)

CompteIntituléDébitCrédit
641Rémunérations du personnel3 000
425Personnel – avances et acomptes800
431Sécurité sociale300
437Autres organismes sociaux300
4421État – PAS200
421Personnel – rémunérations dues1 400

31 mars — Cotisations patronales

CompteIntituléDébitCrédit
645Charges de sécurité sociale et de prévoyance1 200
431Sécurité sociale600
437Autres organismes sociaux600

31 mars — Subrogation IJSS

CompteIntituléDébitCrédit
467Autres comptes débiteurs250
641Rémunérations du personnel250

Début avril — Versement du net au salarié

CompteIntituléDébitCrédit
421Personnel – rémunérations dues1 400
512Banque1 400

15 avril — Versement à l’URSSAF et aux organismes sociaux

CompteIntituléDébitCrédit
431Sécurité sociale (300 + 600)900
437Autres organismes sociaux (300 + 600)900
512Banque1 800

15 avril — Reversement du PAS à la DGFiP

CompteIntituléDébitCrédit
4421État – PAS200
512Banque200

Avril — Remboursement des IJSS par la CPAM

CompteIntituléDébitCrédit
512Banque250
467Autres comptes débiteurs250

Récapitulatif — L’ordre à apprendre par cœur

Si tu retiens une seule chose de cet article, retiens cet ordre des écritures. Le jour de l’épreuve, tu déroules sans réfléchir :

  1. Acompte (si versé en cours de mois) → 425 / 512
  2. Salaire brut et cotisations salariales → 641 / 425 + 431 + 437 + 4421 + 421
  3. Cotisations patronales → 645 / 431 + 437
  4. IJSS en subrogation (si arrêt maladie) → 467 / 641
  5. Versement du net au salarié → 421 / 512
  6. Versement aux organismes sociaux → 431 + 437 / 512
  7. Versement du PAS à la DGFiP → 4421 / 512
  8. Remboursement CPAM → 512 / 467

FAQ — Écritures de paie

Pourquoi le compte 641 reçoit-il le salaire brut et pas le net à payer ?

Parce que la charge de personnel, c’est ce que l’entreprise supporte économiquement, pas ce qu’elle verse en banque. Les cotisations salariales sont juridiquement dues par le salarié mais retenues par l’employeur : du point de vue du coût du travail côté employeur, le brut est la bonne base. Le net à payer, lui, transite par le compte de tiers 421.

Faut-il distinguer le compte 431 et le compte 437 ?

Oui. Le 431 est réservé aux cotisations versées à l’URSSAF (sécurité sociale, allocations familiales, AT/MP, CSG, CRDS). Le 437 regroupe tous les autres organismes : retraite complémentaire (Agirc-Arrco), assurance chômage, prévoyance, mutuelle obligatoire. À l’examen, on attend cette distinction.

Et si un acompte est supérieur au net à payer ?

Légalement, l’acompte est limité à la moitié du salaire mensuel pour cette raison. Mais en cas de débord (par exemple suite à un arrêt maladie imprévu), le compte 425 reste débiteur en fin de mois : le salarié doit le solde à l’employeur. On le récupère sur la paie suivante.

Le compte 791 est-il encore utilisable pour les IJSS ?

Non, plus depuis le 1er janvier 2025 avec l’entrée en vigueur du règlement ANC 2022-06 qui supprime la classe 79. Les anciens manuels (et certains corrigés DCG/DSCG d’avant 2025) le mentionnent encore : c’est obsolète. Aujourd’hui, on réduit directement le 641 ou on passe par un 758X.

Comment comptabiliser une saisie sur salaire ?

Tu utilises le compte 427 Personnel – oppositions au crédit dans l’écriture de paie (à la place d’une partie du 421). Puis tu le soldes lors du versement au créancier saisissant : D 427 / C 512.

Les cotisations patronales sont-elles déductibles fiscalement ?

Oui, intégralement. Le 645 est une charge déductible du résultat fiscal, comme le 641. Attention aux cotisations excédentaires sur prévoyance et retraite supplémentaire qui peuvent être réintégrées extra-comptablement au-delà des plafonds fiscaux — c’est un grand classique d’UE 4 DSCG.

Pour aller plus loin

Les écritures de paie tombent quasi systématiquement en simulation comptable au DCG UE 9 et reviennent en révision au DSCG UE 4 (sous l’angle fiscal, notamment sur les réintégrations de cotisations excédentaires).

Si tu veux t’entraîner sur des sujets type examen avec corrigés détaillés, voici mes deux packs incontournables :

UE 9 DCG — Comptabilité

Fiches DCG UE 9 Comptabilité

UE 4 DSCG — Comptabilité et audit

Fiches DSCG UE 4 Comptabilité et audit

Et si tu veux qu’on traite un autre type d’écriture pas-à-pas (cession d’immobilisation, crédit-bail, change devises, consolidation…), dis-le moi en commentaire, je l’ajouterai à la file.

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